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IFRS 18 compte de résultat : La nouvelle structure expliquée

Dans le précédent article, nous avons vu comment la norme IFRS 18 venait de remplacer l’IAS 1 pour instaurer plus de transparence et de comparabilité dans les états financiers. Maintenant, il convient d’analyser la nouvelle anatomie du compte de résultat IFRS 18.

Désormais, chaque produit et chaque charge doit être classé dans l’une des cinq catégories obligatoires définies par la norme. Cette classification stricte fait apparaître deux sous-totaux inédits. De facto, ceux-ci créent de nouveaux repères pour les analystes financiers et les investisseurs.

Les 5 piliers du compte de résultat IFRS 18

L’IFRS 18 impose une architecture uniforme. Fini les présentations « maison » où les charges financières pouvaient se cacher dans les frais généraux.

Aussi, le compte de résultat IFRS 18 comprend les catégories suivantes :

Exploitation (Operating) : La catégorie « par défaut »

C’est une catégorie résiduelle mais stratégique. Elle regroupe tous les produits et charges liés aux activités principales de l’entreprise qui ne relèvent ni de l’investissement, ni du financement.

On y trouve principalement les activités principales de l’entreprise :

  • chiffre d’affaires,
  • coûts de production,
  • les dépenses de R& D,
  • ainsi que les frais administratifs et de vente.

Même les éléments non volatils ou non récurrents liés à l’activité courante y sont inclus s’ils ne correspondent pas aux définitions strictes des autres catégories.

Investissement (Investing) : La grande nouveauté

C’est la catégorie la plus innovante de la norme IFRS 18. Elle vise à isoler les rendements des actifs qui génèrent des revenus largement indépendants des autres ressources de l’entreprise.

Cette catégorie comprend les postes suivants :

  • la quote-part de résultat des sociétés mises en équivalence
  • les produits de la trésorerie et des équivalents de trésorerie
  • les revenus liés aux immeubles de placement ou à certains instruments financiers (actions, obligations) détenus pour investissement.

L’objectif visé est de clarifier l’articulation avec le tableau de flux de trésorerie (IAS 7). Cette catégorie permet ainsi d’aligner les catégories de revenus sur celles des flux.

Financement (Financing) : Le coût du capital

Cette catégorie regroupe strictement les produits et charges liés au financement de l’entité.

Elle inclut principalement :

  • les intérêts débiteurs sur emprunts et obligations émises
  • ainsi que les coûts directement liés au financement général de l’entité.

Rappel important : Comme vu précédemment, les charges de désactualisation des provisions doivent désormais impérativement figurer ici et non en exploitation.

Impôt sur le résultat (Income taxes)

Cette catégorie reste inchangée par rapport à l’ancienne norme IAS 1. Ainsi, elle regroupe exclusivement les charges et produits d’impôts sur les bénéfices. Elle apparaît après le sous-total « Résultat avant financement et impôts ».

Activités abandonnées

Cette catégorie reste également inchangée. Elle concerne le résultat net des activités abandonnées conformément à la norme IFRS 5. Elle est présentée juste avant le résultat final de la période.

Deux nouveaux sous-totaux incontournables

La structuration en cinq catégories fait émerger deux agrégats de performance qui n’étaient pas aussi strictement définis auparavant :

IFRS 18 compte de résultat : Les sous-totaux

Présentation du compte de résultat IFRS 18 : Etat unique ou deux états séparés ?

Si la structure interne du compte de résultat change radicalement, la norme IFRS 18 conserve l’intitulé général : « Etat du résultat net et des autres éléments du résultat global ».

IFRS 18 structure du compte de résultat : schéma comparatif des deux options de présentation
Figure 1 : Les deux options de présentation du compte de résultat selon la norme IFRS 18 : Etat unique vs deux états séparés

L’entité conserve le choix entre deux méthodes de présentation tout en respectant une exigence de clarté renforcée pour les « les Autres Eléments du Résultat Global » (OCI). En fait, ceux-ci doivent être regroupés selon qu’ils sont susceptibles ou non d’un reclassement ultérieur en résultat net, avec une attribution claire des effets d’impôts.

  • Option 1 : L’état unique (Single statement)

Un seul document intitulé « Etat du résultat net et des autres éléments du résultat global » regroupent toutes les informations.

Ainsi, le compte de résultat (produits et charges classés en 5 catégories) est présenté en premier, suivi immédiatement par la section des OCI, pour aboutir au résultat global total.

  • Option 2 : Les deux états séparés (Two statements)

L’entreprise présente deux états distincts. Cependant, ils sont liés de manière séquentielle :

  1. Un « Etat du résultat net » s’arrêtant au profit ou à la perte
  2. Un « Etat des autres éléments du résultat global » qui doit commencer obligatoirement par le résultat net issu du premier état. Ensuite, on y ajoute les lignes d’OCI pour aboutir au résultat global total.

Note importante : Bien que ces catégories soient similaires à celles du tableau des flux de trésorerie (IAS 7), la logique de classement en IFRS 18 peut différer. Il est crucial de ne pas appliquer automatiquement les règles de l’IAS 7 au compte de résultat.

Focus sur les Mesures de Performance du Management (MPM)

L’un des apports majeurs de la norme IFRS 18 est la régulation des indicateurs alternatifs utilisés par la direction (comme l’EBITDA ajusté ou le résultat net récurrent), désormais appelés Mesures de Performance du Management (MPM).

Pour éviter le « cherry-picking » (la sélection arbitraire des données les plus flatteuses), la norme impose :

  1. Une définition explicite de chaque MPM utilisée
  2. Un calcul détaillé et transparent
  3. Un rapprochement obligatoire avec le sous-total IFRS le plus proche dans une note annexe unique.

Cela permet aux auditeurs et aux investisseurs de comprendre exactement quels éléments ont été ajoutés ou retirés des chiffres officiels pour arriver à l’indicateur communiqué par le management.

Conclusion : Vers une cohérence globale du compte de résultat IFRS 18

Finalement, la norme IFRS 18 ne change pas les règles de comptabilisation (le « quand » et le « combien »). Néanmoins, elle standardise radicalement la présentation (le « où »). En imposant ces cinq catégories, ces sous-totaux et en encadrant les MPM, elle aligne enfin le compte de résultat sur une logique économique plus claire.

Pour les équipes financières, le défi des prochains mois sera d’adapter les systèmes d’information. En effet, l’objectif sera d’assurer ce classement automatique et de préparer des tableaux de réconciliation des MPM.

Françoise Rennes

Marquée par un intérêt grandissant pour l’audit, je décrypte avec un regard critique et pédagogique les évolutions de l’audit, de l’information financière et des enjeux extra-financiers, notamment ESG, qui redéfinissent notre profession. À travers ce blog, j’explore les sujets d’actualité, les innovations technologiques (comme l’IA) et les défis de gouvernance qui façonnent l’avenir de la confiance en entreprise. Chaque article se veut une invitation à réfléchir, questionner et faire évoluer ensemble les pratiques du métier. Si un point vous interpelle, n’hésitez pas à partager votre avis en commentaire.

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