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Normes ESRS : le guide pratique pour comprendre la CSRD et la réforme Omnibus en 2026

Depuis quelques années, un acronyme s’est imposé dans le vocabulaire des directions financières : les normes ESRS. Et le reporting extra-financier n’a plus rien d’une démarche de communication marketing facultative. Il s’agit bel et bien d’une obligation légale d’information financière élargie.

Avant, publier un rapport RSE relevait du volontariat. On rédigeait un document flatteur pour rassurer les parties prenantes. Aujourd’hui, ce rapport appartient au même registre que la publication des comptes annuels.

Pour comprendre d’où vient cette évolution, il faut remonter à la directive NFRD (« Non-Financial Reporting Directive »). C’est le premier texte européen à avoir imposé un reporting extra-financier. Cependant, elle était appliquée de façon peu contraignante et peu comparable d’une entreprise à une autre.

Les normes ESRS (« European Sustainability Reporting Standards ») ont été conçues pour corriger ces lacunes. Leur objectif : rendre les données de durabilité aussi comparables, fiables et auditables que les données financières sous IFRS. Appliquer à la durabilité la même rigueur méthodologique que celle qui prévaut en comptabilité, voilà l’idée.

Mais attention : ce cadre a connu depuis 2025 des bouleversements majeurs, regroupés sous le nom de réforme « Omnibus ». Le texte d’origine a évolué. Ce qui est applicable aujourd’hui n’est plus tout à fait ce qui avait été voté en 2022.

Normes ESRS et directive CSRD : une distinction fondamentale

Ces deux textes, directive CSRD et normes ESRS, sont souvent cités l’un pour l’autre. Et pourtant, ils ne jouent pas le même rôle.

D’un côté, la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) constitue le cadre légal. Elle définit :

  • qui est concerné : grandes entreprises, PME cotées selon les versions du texte, filiales européennes de groupes non européens
  • et quand l’obligation s’applique.

C’est la loi qui effectivement impose la production d’un rapport.

De l’autre, les normes ESRS constituent le référentiel technique. Elles déterminent :

  • quoi mesurer
  • et comment le reporter.

Là où la directive CSRD fixe le principe, les normes ESRS en détaillent l’exécution.

Pour un professionnel du chiffre, l’analogie la plus parlante reste celle-ci :

  • la directive CSRD joue le rôle du Code de Commerce, qui impose l’établissement d’un bilan
  • les normes ESRS joue celui du Plan Comptable Général, qui précise comment coder chaque ligne de ce bilan.

Cette image est lourde de sens. Il est vain d’appliquer les normes ESRS sans avoir d’abord vérifié via la CSRD que l’entreprise entre bien dans le champ d’application.

L’architecture des normes ESRS : un socle commun, décliné en dix normes thématiques

Une fois cette distinction posée, on peut entrer dans le détail. L’architecture des ESRS s’organise de façon modulaire autour des trois piliers ESG : Environnemental, Social, Gouvernance.

Mise en œuvre des normes ESRS

Le socle transversal des normes ESRS, toujours obligatoire

Deux normes constituent le socle commun. Elles s’appliquent quelle que soit l’issue de l’analyse de matérialité :

  • ESRS 1 (Exigences générales)

Cette norme ESRS décrit les principes de rédaction, la structure et le concept central de double matérialité.

C’est le mode d’emploi global de l’ensemble du dispositif.

  • ESRS 2 (Informations générales)

Cette norme ESRS impose la publication de données relatives à la gouvernance, à la stratégie et à la gestion des impacts.

Contrairement aux normes thématiques, elle reste toujours obligatoire, indépendamment des résultats de l’analyse de matérialité.

Les normes thématiques ESRS, soumises au filtre de la matérialité

Viennent ensuite dix normes thématiques. Seules celles jugées matérielles doivent, en principe, faire l’objet d’un reporting détaillé. L’exception notable, c’est le climat.

  • volet environnemental

Cinq normes, de E1 (changement climatique) à E5 (économie circulaire), en passant par la pollution, les ressources aquatiques et marines et la biodiversité.

Parmi elles, E1 occupe une place à part : le climat est presque systématiquement identifié comme matériel. Donc, cette norme est en pratique obligatoire pour la grande majorité des entreprises. Elle couvre notamment les scopes 1,2 et 3 ainsi que les plans de transition.

  • volet social

Quatre normes : S1 à S4. Elles couvrent les effectifs propres (conditions de travail, santé-sécurité, diversité), les travailleurs de la chaine de valeur, les communautés affectées et les consommateurs.

  • volet gouvernance

Une seule norme, G1 (Conduite des affaires), consacrée à l’éthique, à la lutte contre la corruption, au lobbying et à la gestion des conflits d’intérêts.

Au total, ce jeu de normes, adopté par la Commission européenne en juillet 2023, compte douze standards.

Normes ESRS : Une architecture aujourd’hui en cours de révision

Il serait incomplet de s’arrêter à cette seule description. Ce jeu de normes fait actuellement l’objet d’une révision substantielle dans le cadre de la réforme Omnibus.

Pour une analyse détaillée de ces évolutions, on pourra utilement consulter l’article de EY : ESRS révisés

Deux évolutions à retenir  :

  • Les normes sectorielles

D’abord, l’adoption des normes sectorielles était initialement prévue par le texte d’origine pour compléter le socle transversal.

La Commission a définitivement abandonné ces normes. Pas un simple report : un renoncement pur et simple. Aucun calendrier de reprise à ce jour.

  • L’avis technique de l’EFRAG 

Ensuite, l’EFRAG a transmis à la Commission européenne, le 3 décembre 2025, son avis technique sur une version révisée de ces mêmes douze normes.

Résultat : une réduction d’environ 61% des points de données obligatoires ( les « datapoints »). Ainsi, l’intégralité des points de données à caractère volontaire a purement et simplement disparu. Cette version révisée s’appliquera aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027. Les entreprises qui le souhaitent pourront toutefois l’appliquer par anticipation dès l’exercice 2026.

L’architecture générale décrite ci-dessus demeure pertinente. Les douze normes subsistent, avec une même répartition E/S/G. Cependant, leur contenu opérationnel, en particulier le volume d’indicateurs à collecter, s’apprête à être significativement allégé.

La double matérialité : le concept pivot des normes ESRS à maîtriser en priorité

Au-delà de l’architecture, il existe un concept technique dont la maîtrise conditionne toute la démarche : la double matérialité. En effet, c’est elle qui détermine, in fine, le périmètre réel du reporting pour chaque entreprise.

Les deux angles de la durabilité

L’entreprise doit analyser ses enjeux de durabilité selon deux angles indissociables l’un de l’autre :

  • La matérialité d’impact, dite inside-out

Comment les activités de l’entreprise affectent-elles l’environnement et la société ?

Il s’agit, par exemple, des émissions de CO2 ou des conditions de travail chez les fournisseurs.

  • La matérialité financière, dite outside-in

Comment, à l’inverse, les enjeux de durabilité affectent-ils la situation financière de l’entreprise ? On pense aux risques physiques liés au changement climatique, aux risques de réputation ou encore aux taxes carbone.

Or, cette double lecture a une conséquence très concrète sur le contenu du rapport. Seuls les sujets identifiés comme matériels selon cette grille doivent faire l’objet d’un reporting détaillé au titre des normes thématiques correspondantes. A l’inverse, si un sujet n’est pas jugé matériel (la biodiversité par exemple), l’entreprise peut se contenter d’une brève explication. Elle n’a pas à renseigner l’ensemble des indicateurs associés.

D’ailleurs, la réforme Omnibus renforce paradoxalement ce concept. En effet, avec l’abandon des normes sectorielles, les entreprises ne disposeront d’aucun guide spécifique à leur secteur d’activité.

L’analyse de double matérialité devient donc, plus que jamais, l’unique boussole pour déterminer les sujets réellement pertinents. Aussi, c’est, sans conteste, le chapitre le plus stratégique de tout le dispositif.

Exemple : Une entreprise de transport routier de marchandises

Sous l’angle de la matérialité d’impact :

Ses émissions de gaz à effet de serre relevant du scope 3 i.e. la combustion de carburant par sa flotte de poids lourds constitue un sujet matériel. L’entreprise contribue directement au changement climatique, indépendamment de toute conséquence sur ses comptes. Une flotte de 200 camions parcourant 120 000 km par an peut ainsi représenter plusieurs dizaines de milliers de tonnes de CO2 émises chaque année.

Sous l’angle de la matérialité financière :

La hausse du prix du carburant, par exemple, pèse directement sur la marge d’exploitation. Dès lors que le gazole représente souvent 20 à 25% des coûts d’exploitation d’un transporteur routier, une variation de quelques centimes par litre peut ainsi se chiffrer en centaines de milliers d’euros de charges supplémentaires sur un exercice.

L’impact matériel des émissions liées au transport

Les émissions liées au transport relèvent d’une double matérialité :

– matérialité d’impact parce que l’entreprise affecte le climat
– matérialité financière parce que le climat via la réglementation et les prix de l’énergie, affecte en retour l’entreprise.

C’est précisément cette double lecture qui justifie qu’un même enjeu fasse l’objet d’un reporting détaillé au titre d’E1, quel que soit l’angle par lequel on l’aborde.

De la norme à la pratique : la méthodologie de mise en œuvre des normes ESRS pour le comptable

Une fois ces fondements posés, reste à traduire ces exigences en tâches concrètes pour un département financier ou un cabinet.

Quatre chantiers principaux se dégagent. Ils s’inscrivent dans un processus séquentiel qui part de l’analyse de matérialité pour aboutir à la publication du rapport.

la méthodologie de mise en œuvre des normes ESRS pour le comptable

 

 

Elargissement de la collecte de données

En premier lieu, la collecte de données s’élargit considérablement. Le comptable ne travaille plus seul : il doit coordonner la remontée d’informations auprès des ressources humaines, de la production, des achats et de la direction stratégique.

Plus encore, cette collecte doit intégrer la chaîne de valeur, fournisseurs comme clients. Sur ce point, la réforme Omnibus a introduit un garde-fou notable : le « Value Chain Cap ». Désormais, les entreprises non soumises à la CSRD peuvent refuser de transmettre à leurs donneurs d’ordre plus d’informations que n’en prévoit le standard volontaire simplifié destiné aux PME (le VSME). Ce mécanisme limite, de fait, ce qu’un comptable peut légitimement exiger de sa chaîne de valeur.

Contrôle interne et fiabilité des données

En second lieu, le contrôle interne et la fiabilité des données deviennent des enjeux à part entière. Les données ESG doivent désormais atteindre un niveau de fiabilité comparable à celui des données financières.

Ceci suppose la mise en place de procédures de validation, de traçabilité et de justification des calculs. Tout particulièrement pour les données carbone, souvent plus complexes à fiabiliser.

Audit légal ou mission d’assurance

En troisième lieu, un tiers indépendant, commissaire aux comptes ou organisme accrédité, doit vérifier le rapport de durabilité.

C’est sur ce point que la réforme Omnibus a introduit l’un de ses changements les plus significatifs. Le texte d’origine prévoyait une montée en puissance progressive, de l’assurance limitée à l’assurance raisonnable. La Commission européenne a supprimé cette trajectoire.

L’assurance limitée devient ainsi le régime définitif, plus une étape transitoire. Un acte délégué au plus tard le 1er juillet 2027 doit formellement adopter cette norme d’assurance limitée.

Pour un commissaire aux comptes, cette précision change radicalement la charge de travail à anticiper sur le moyen terme. Effectivement, il n’y a plus lieu de se préparer à un rehaussement futur du niveau d’assurance.

Format numérique en XHTML

Enfin, le rapport doit être publié dans un format numérique structuré, en XHTML balisé. L’objectif : permettre un traitement automatisé. C’est une exigence technique qui demeure inchangée par la réforme.

Calendrier et champ d’application : l’impact de la réforme Omnibus sur les normes ESRS

Un remaniement en profondeur depuis a impacté le calendrier et le périmètre fixés à l’origine par la CSRD en 2022. Aussi, de nombreux plans de mise en conformité, construits en 2023-2024 sur la base du texte initial, sont devenus obsolètes.

Il convient donc de distinguer clairement le cadre d’origine du cadre d’aujourd’hui réellement en vigueur.

Le calendrier d’origine

Pour mémoire, la CSRD prévoyait initialement une application progressive en trois vagues successives :

  • Vague 1 (exercice 2024, rapport 2025) : grandes entreprises d’intérêt public déjà soumises à la NFRD.
  • Vague 2 (exercice 2025, rapport 2026) : grandes entreprises non encore soumises à la NFRD.
  • Vague 3 (exercice 2026, rapport 2027) : PME cotées et petites institutions financières.

Le calendrier visait, à terme, environ 50 000 entreprises à l’échelle européenne.

Deux réformes distinctes à ne pas confondre

Deux textes successifs sont venus modifier ce cadre. Il importe de bien les distinguer l’un de l’autre.

La directive « Stop the Clock »

D’abord, la directive « Stop the Clock », adoptée en urgence en avril 2025, n’a porté que sur le calendrier, sans toucher au fond des obligations. Elle a simplement reporté de deux ans l’entrée en application pour les entreprises des vagues 2 et 3, le temps que la réforme de fond soit négociée.

La directive « Omnibus I »

Ensuite, et surtout, la directive « Omnibus I » va beaucoup plus loin. Adoptée le 16 décembre 2025 et publiée au Journal officiel de l’Union européenne le 26 février 2026, elle est entrée en vigueur le 19 mars 2026. Elle redéfinit le périmètre même de la CSRD.

Ainsi, les critères d’entrée dans le champ d’application étaient jusqu’alors alternatifs : 250 salariés OU 50M€ de chiffre d’affaires net OU 25M€ de bilan.

Ces critères deviennent désormais cumulatifs et nettement plus élevés : plus de 1 000 salariés ET plus de 450 M€ de chiffre d’affaires net. Le critère de bilan, quant à lui, disparaît purement et simplement.

La conséquence de ce relèvement est considérable : environ 80% des entreprises initialement visées sortent du périmètre obligatoire. Le nombre d’entités concernées au niveau européen passe ainsi d’environ 50 000 à un ordre de grandeur de 5 000 à 10 000. Par ailleurs, les PME cotées sont, elles, définitivement exclues du périmètre obligatoire de la CSRD.

Le calendrier aujourd’hui en vigueur

Compte tenu de ces deux réformes, voici comment se présente le calendrier actuellement applicable :

Impact de la réforme Omnibus : calendrier

Le cas particulier des entreprises hors Union Européenne

(Référence : Directive Omnibus I, entrée en vigueur le 19 mars 2026 : article 40a)

Contrairement aux entreprises européennes, pour lesquelles les critères d’assujettissement sont cumulatifs (plus de 1 000 salariés ET plus de 450 M€ de chiffre d’affaires net), la logique applicable aux groupes de pays tiers repose exclusivement sur le chiffre d’affaires réalisé au sein de l’Union européenne.

Pour être soumis à l’obligation de reporting, un groupe non européen doit remplir cumulativement les deux conditions suivantes :

  • réaliser un chiffre d’affaires net consolidé supérieur à 450 M€ au sein de l’Union européenne ;
  • ET disposer d’au moins une filiale ou une succursale implantée dans l’UE dont le chiffre d’affaires net individuel dépasse 200 M€.

Cette double condition a une conséquence pratique importante :

Une société mère réalisant 500 M€ dans l’UE n’est pas concernée si aucune de ses entités individuelles en Europe ne franchit le seuil de 200 M€. Inversement, une filiale générant 250 M€ en Europe n’est pas concernée si son groupe ne réalise au total que 300 M€ sur le territoire de l’Union.

Les échéances de reporting applicables à ces entités restent, par ailleurs, décalées par rapport à celles des vagues purement européennes.

Calendrier et champ d'application : impact de la réforme Omnibus

Ainsi, le fait que les entreprises de pays tiers appliqueraient purement et simplement les ESRS européennes n’est pas exact. Elles relèvent d’un exercice de transposition spécifique via des normes dédiées (ESRS 40a). La consultation publique de ce projet est ouverte depuis le 23 juillet 2026. L’avis technique de l’EFRAG est attendu début 2027 en vue d’une première application sur l’exercice 2028.

Une clause de revoyure à ne pas perdre de vue

Enfin, il faut garder à l’esprit que les seuils actuels : 1 000 salariés et 450 M€ ne sont pas figés dans le marbre : l’UE prévoit d’ores et déjà une clause de révision à l’horizon 2031.

Cette clause est susceptible de faire à nouveau évoluer le périmètre de la directive. Autrement dit, la stabilité de ce nouveau cadre n’est, elle non plus, que relative.

Ce que cela change concrètement pour le comptable face aux normes ESRS

En pratique, on doit distinguer deux situations :

Pour une entreprise qui se situait dans l’ancienne vague 2 ou 3 et qui demeure au-dessus des nouveaux seuils

L’année 2026 devient avant tout une année de préparation : analyse de matérialité, cartographie des données, structuration des processus, plutôt qu’une année de production.

En effet, l’échéance réelle est désormais reportée à 2027-2028.

Pour une entreprise qui, à l’inverse, sort du périmètre obligatoire du fait du relèvement des seuils

La vigilance reste néanmoins de mise sur deux points.

D’une part, le mécanisme du Value Chain Cap limite ce qu’un client soumis à la CSRD peut exiger en matière d’informations.

Le value chain cap

D’autre part, une demande de reporting volontaire, émanant de partenaires commerciaux ou d’investisseurs, demeure possible en dehors de toute obligation légale.

C’est d’ailleurs précisément l’objet du standard volontaire VSME (Voluntary Sustainability Reporting Standard for non-listed SMEs) destiné aux PME et ETI non cotées. L’EFRAG a publié cette norme dès décembre 2024. Puis, la Commission européenne l’a adoptée sous forme de recommandation en juillet 2025.

La Commission envisage par ailleurs, dans le cadre de la réforme Omnibus de s’appuyer sur cette même base pour bâtir un futur acte délégué destiné aux entreprises de 250 à 1 000 salariés. Ce sont précisément celles sorties du périmètre obligatoire de la CSRD.

Focus : Transposition en droit français des normes ESRS

Pour les praticiens français, la lecture de la directive européenne ne suffit pas. Il faut la confronter au droit national. La transposition de la directive Omnibus I est aujourd’hui finalisée et pleinement applicable pour préparer les clôtures.

Le véhicule législatif

La transposition s’est effectuée via la loi DDADUE (Dispositions diverses d’adaptation au droit de l’Union européenne), adoptée au printemps 2026. On l’appelle souvent « DDADUE II » ou « DDADUE 2026 » dans les couloirs de Bercy. Elle a modifié le Code de commerce pour y intégrer les seuils de l’Omnibus I. Promulguée en juin 2026, elle permet une application immédiate pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2026 (sur option) et obligatoirement pour 2027.

Les modifications du Code de commerce

La loi a modifié directement l’article L. 225-100-1 (et L. 225-102-1) du Code de commerce pour y inscrire les critères cumulatifs (> 1 000 salariés ET > 450 M€ de CA). Pour les PME cotées, la France a transposé l’exemption européenne : suppression de l’obligation de dépôt du rapport de durabilité dans le Code du commerce.

La doctrine de l’AMF

Dans ses Q&R de juillet 2026, l’AMF confirme que les sociétés sorties du périmètre n’ont plus à inclure de rapport de durabilité dans leur rapport de gestion. Elle valide l’option d’application anticipée des ESRS révisés pour 2026 sous réserve de le justifier en annexe.

Le droit français est désormais pleinement aligné avec la directive Omnibus I. Mais que risque concrètement une entreprise qui, bien que dans le périmètre, ne se conforme pas à ces nouvelles obligations ?

Focus : Le régime des sanctions lié aux normes ESRS

Si la réforme Omnibus a considérablement allégé le périmètre d’application de la CSRD, elle s’est accompagnée d’une refonte du régime des sanctions pour les entreprises qui y demeurent soumises.

Régime des sanctions CSRD/ESRS

Contrairement aux craintes initiales, la « révolution pénale » n’a pas eu lieu. Avec la loi DDADUE d’avril 2025, le législateur a dépénalisé les manquements purement procéduraux pour déplacer le curseur vers des sanctions économiques et commerciales bien plus dissuasives.

Pour les 5 000 à 10 000 grandes entités concernées, le risque n’est plus la prison. C’est la perte de marchés et la sanction financière.

Le retour au droit commun pénal : la fin des peines spécifiques

Les lourdes peines d’emprisonnement initialement envisagées pour entrave ou défaut de certification ont disparu.

  • Défaut de soumission du rapport

Si les dirigeants ne soumettent pas le rapport de gestion (incluant la partie durabilité) à l’assemblée générale, ils s’exposent aux sanctions de droit commun (article L. 242-10 du Code de commerce) : 6 mois d’emprisonnement et 9 000€ d’amende.

  • Absence de sanction spécifique pour l’audit

Il n’y a plus de peine de prison spécifique pour le défaut de désignation de l’OTI (Organisme Tiers Indépendant) ou l’entrave à sa mission.

Le vrai risque financier : l’AMF et les sanctions administratives

Pour les sociétés cotées, le risque s’est déplacé vers le droit administratif boursier dont l’AMF est le bras armé.

  • Pouvoir de sanction de l’AMF

Sur la base du Code monétaire et financier, l’AMF peut prononcer des sanctions pécuniaires colossales en cas d’informations trompeuses ou d’absence de reporting : jusqu’à 100 millions d’euros ou 10% du chiffre d’affaires selon les cas d’abus de marché.

  • Amende administrative (Code de commerce)

L’article L. 951-1-3 prévoit également une amende administrative pouvant aller jusqu’à 150 000€ pour les personnes morales en cas de manquement aux obligations de publication.

La sanction « fatale » : L’exclusion des marchés publics

C’est la conséquence opérationnelle la plus critique et la plus redoutée par les directions commerciales depuis le 1er janvier 2026.

Le Code de la commande publique (articles L.2141-7-1 et L. 3123-7-1) autorise et rend parfois obligatoire l’exclusion des procédures de marchés publics et de concessions pour toute entreprise n’ayant pas publié ses informations de durabilité l’année précédente.

Pour un grand groupe ou une ETI, la perte d’accès aux appels d’offres publics (Etat, collectivités, établissements publics) représente un risque financier et stratégique infiniment supérieur à une amende de 9 000 €.

Le risque civil et le « Greenwashing »

Le risque contentieux privé s’accroît fortement. Les parties prenantes (actionnaires, ONG, associations) peuvent saisir le tribunal pour enjoindre la publication du rapport sous astreinte.

Surtout, la publication d’informations fausses ou trompeuses expose l’entreprise à :

  • l’action en responsabilité civile pour préjudice écologique ou économique (dirigeants et société).
  • l’action pour pratiques commerciales trompeuses (DGCCRF).
  • l’action en carence (injonction de publier sous astreinte)

Le « Value Chain Cap » : Le VSME comme bouclier juridique

Enfin, la réforme a instauré une protection majeure pour les fournisseurs. Il est formellement interdit aux grandes entreprises soumises à la CSRD d’imposer à leurs fournisseurs de moins de 1 000 salariés des demandes de données dépassant le cadre du standard volontaire VSME.

  • La sanction

Toute clause contractuelle contraire est réputée non écrite (nulle de plein droit).

  • La conséquence

Contrairement aux sanctions publiques, cette sanction est privée. Elle donne un pouvoir de négociation réel aux PME face aux grands groupes. Elle transforme ainsi le VSME en un véritable « bouclier » opposable juridiquement devant le tribunal de commerce en cas d’exigence abusive.

Conclusion : Normes ESRS et directive CSRD, une double lecture indispensable

En définitive, comprendre les normes ESRS aujourd’hui suppose de tenir simultanément deux niveaux de lecture.

D’un côté, l’architecture conceptuelle du dispositif :

  • distinction entre CSRD et normes ESRS,
  • organisation en douze normes,
  • rôle pivot de la double matérialité

Tout cela demeure stable et continue de structurer la logique d’ensemble.

De l’autre, son application concrète :

  • qui est concerné,
  • quand,
  • et avec quel niveau d’exigence

Tout cela a été profondément redessiné par la réforme Omnibus, au point que le texte d’origine de 2022 ne suffit plus, à lui seul, à décrire le droit réellement applicable.

Pour le comptable ou le commissaire aux comptes, cette double lecture conditionne directement la manière dont il convient d’aborder un dossier de mise en conformité aujourd’hui.

Reste que le sujet, par nature évolutif, appelle à une vigilance continue. La clause de revoyure prévue pour 2031 et l’acte délégué relatif aux normes ESRS révisées, dont la date n’a pas encore été fixée, en sont les meilleures illustrations.

Avant toute communication ou tout engagement contractuel fondé sur ces échéances, une vérification régulière s’impose. Elle portera sur les dernières publications de l’EFRAG et sur le calendrier de transposition en droit français.

Pour aller plus loin : Téléchargez la fiche récapitulative ici

Françoise Rennes

Marquée par un intérêt grandissant pour l’audit, je décrypte avec un regard critique et pédagogique les évolutions de l’audit, de l’information financière et des enjeux extra-financiers, notamment ESG, qui redéfinissent notre profession. À travers ce blog, j’explore les sujets d’actualité, les innovations technologiques (comme l’IA) et les défis de gouvernance qui façonnent l’avenir de la confiance en entreprise. Chaque article se veut une invitation à réfléchir, questionner et faire évoluer ensemble les pratiques du métier. Si un point vous interpelle, n’hésitez pas à partager votre avis en commentaire.

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