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Compte de résultat IFRS 18 : Présentation

La norme IFRS 18, applicable aux exercices ouverts à compter du 1er  janvier 2027, redessine en profondeur la structure du compte de résultat. Elle met également fin à la liberté de présentation laissée par l’IAS1. Elle impose ainsi un cadre commun à toutes les entités :

  • cinq catégories obligatoires
  • deux sous-totaux normés
  • et un encadrement strict des indicateurs alternatifs de performance.

Cet article présente le modèle de compte de résultat (état du résultat global) structuré selon la norme IFRS 18 : sa structure, ses choix de présentation et les postes qui appellent une vigilance particulière lors de la classification.

Les Mesures de Performance du Management (MPM), qui constituent aussi un volet à part entière de la norme, feront l’objet d’un article distinct.

Modèle de compte de résultat IFRS 18 : Cas d’une entreprise industrielle

Tout d’abord, avant d’examiner les choix de présentation, il est utile de visualiser la structure générale qu’impose l’IFRS18.

Le tableau ci-dessous illustre le cas d’une entreprise industrielle sans activité principale de financement ou d’investissement.

Les revenus financiers sont donc classés en « investissement » et les coûts de la dette en « Financement ».

Compte de résultat IFRS18

Le modèle de compte de résultat fait apparaître :

  • trois catégories principales : Exploitation, Investissement et Financement, auxquelles s’ajoutent les impôts sur le résultat, et, le cas échéant, les activités abandonnées.
  • deux nouveaux sous-totaux obligatoires : le résultat d’exploitation et le résultat avant financement et impôts, pour toutes les entités dont l’activité principale n’est pas financière.

Le choix de présentation : Fonction, Nature ou Mixte

L’IFRS 18 maintient le choix entre une présentation par nature ou par fonction. Ce choix n’est donc pas anodin puisqu’il conditionne :

  • la lisibilité du compte de résultat
  • les informations à fournir en annexe
  • et la charge de travail de reporting.

La présentation par fonction

La présentation par fonction regroupe les charges selon leur destination (coût des ventes, R&D, frais administratifs). Elle met en évidence la marge brute, ce qui la rend attractive pour les analystes. En revanche, elle alourdit les obligations d’annexe : l’entité doit y détailler quatre types de charges par nature :

  • amortissements
  • charges de personnel
  • dépréciations d’actifs
  • dépréciations de stocks

A cela s’ajoute une description qualitative du contenu de chaque ligne fonctionnelle.

Cela suppose une comptabilité analytique suffisamment granulaire pour ventiler chaque flux par destination.

La présentation par nature

La présentation par nature (achats, services extérieurs,  impôts, salaires, amortissements … ) rend cette information directement visible dans le compte de résultat IFRS 18, sans retraitement.

Les entreprises de services ou celles dont la structure de coûts (ex : masse salariale) constitue le principal driver de rentabilité privilégient souvent cette présentation.

Une nouvelle flexibilité du compte de résultat IFRS 18 : La présentation mixte

La présentation mixte combine les deux logiques au sein du même compte de résultat IFRS 18.

Certaines charges sont présentées par fonction lorsque le lien causal avec l’activité est clair (coût des ventes, salaires des vendeurs). D’autres restent par nature lorsque l’allocation fonctionnelle serait artificielle (dépréciations d’actifs généraux, charges exceptionnelles de restructuration).

L’IFRS 18 encadre et facilite cette approche. Elle offre ainsi à cet égard une présentation fidèle tout en réduisant les risques de contestation lors de l’audit des états financiers.

Elle ne la hiérarchise pas formellement au-dessus des deux autres. Cependant, sa flexibilité la rend souvent la plus adaptée en pratique.

En fin de compte, quelle que soit l’option retenue, les obligations de divulgation en annexe s’appliquent intégralement.

Postes nécessitant une attention particulière lors du classement

Plusieurs postes courants présentent un risque de mauvais classement sous IFRS 18. En voici les principaux :

  • Coûts de restructuration et dépréciations exceptionnelles

Ces charges sont obligatoirement classées en Exploitation, y compris lorsqu’elles sont de nature non récurrente.

Une entité qui souhaite les exclure de son indicateur de performance devra le faire via une MPM avec une réconciliation auditée. L’entité devra aussi fournir une note annexe explicative.

  • Dépréciation du goodwill

Elle figure obligatoirement en Exploitation. Le goodwill est un actif rattaché à l’activité globale de l’entité. Cette règle accentue la volatilité potentielle du résultat d’exploitation, notamment pour les groupes ayant réalisé des acquisitions significatives.

  • Dépenses de R&D

La catégorie Exploitation comprend ces dépenses. En effet, elles sont inhérentes à l’activité principale de création de valeur de l’entreprise.

Ces dépenses doivent faire l’objet d’une note annexe spécifique détaillant leur montant. Cette exigence renforce la transparence sur les investissements immatériels.

  • Intérêts sur trésorerie vs Intérêts sur dette

La norme interdit toute compensation entre produits et charges d’intérêts. Les produits d’intérêts sur trésorerie excédentaire sont classés en Investissement. Les charges d’intérêts sur la dette vont en Financement.

Désormais, on a deux catégories distinctes, sans netting possible.

  • Ecarts de change

Sous l’IFRS 18, chaque écart de conversion suit la catégorie de l’élément sous-jacent qui le génère. Les écarts sur créances clients ou dettes fournisseurs vont en Exploitation. Les écarts sur dettes financières vont en Financement.

Le cas le plus délicat est celui des prêts intra-groupe sans échéance de remboursement prévue. Lorsque l’entité les considère comme faisant partie de son investissement net dans une filiale (au sens de l’IAS 21 para.15), les écarts de change correspondants sont classés en Investissement. Ce point requiert une analyse au cas par cas et une documentation rigoureuse dès la mise en place du prêt.

D’une manière générale, la difficulté ne réside pas seulement dans le calcul. C’est le mapping de chaque flux dans le grand livre comptable qui constitue le véritable enjeu opérationnel.

Les deux sous-totaux clés du compte de résultat IFRS 18

L’IFRS 18 impose deux jalons de performance que toutes les entités (hors secteur financier) doivent calculer de manière identique.

Le résultat d’exploitation (Operating profit)

Le résultat d’exploitation correspond à la somme de tous les produits et charges classés en catégorie Exploitation.

C’est la catégorie « par défaut » : tout ce qui n’est pas explicitement attribué à l’Investissement, au Financement, aux Impôts ou aux Activités abandonnées y est rattaché.

Il inclut désormais des éléments potentiellement volatils : dépréciations d’actifs, coûts de restructuration, écarts de change opérationnels. Ceci offre alors une image exhaustive du coût de l’activité. Cependant, cela rend l’indicateur moins stable d’un exercice à l’autre que l’ancienne notion d’EBIT.

Le résultat avant financement et impôts (Profit before financing and income tax)

Le résultat avant financement et impôts s’obtient en ajoutant au résultat d’exploitation les produits et les charges de la catégorie Investissement (dividendes reçus, intérêts sur trésorerie, quote-part des entreprises mises en équivalence).

Son objectif est de permettre la comparaison de la performance entre entités indépendamment de leur structure de financement et de leur environnement fiscal.

Il isole ainsi la contribution des investissements financiers de l’activité opérationnelle pure.

Cas particulier des entités financières

Les entités dont l’activité principale consiste à fournir des financements (banques) ou à investir dans des actifs (sociétés de capital-investissement), les intérêts sur prêts clients et les charges associés sont reclassés en Exploitation.

Dans ce cas, le sous-total « Résultat avant financement et impôts » n’est pas présent dans le compte de résultat IFRS 18. De fait, la distinction entre exploitation et financement est sans pertinence pour analyser la performance principale.

Pour en savoir plus : Lire la position de l’autorité des normes comptables (ANC) : format des états de synthèse consolidés

Implications opérationnelles du compte de résultat IFRS 18

La mise en œuvre du compte de résultat IFRS 18 dépasse largement à cet égard le périmètre du service comptable.

Elle concerne directement trois fonctions :

  • La trésorerie

Tout d’abord, la trésorerie doit adapter ses reportings pour distinguer systématiquement les intérêts perçus sur la trésorerie (Investissement) des charges d’intérêts sur la dette (Financement). Elle documente également le traitement des écarts de change selon la nature de chaque instrument.

  • Le contrôle de gestion

Le contrôle de gestion doit revoir la définition de ses KPI internes. En outre, une communication en externe sans réconciliation auditée avec le résultat d’exploitation IFRS 18 n’est plus possible pour les indicateurs du type EBITDA ou résultat opérationnel courant.

D’ailleurs, c’est l’objet des MPM, traité dans un prochain article.

  • Les systèmes d’information

Les SI doivent permettre de tagger chaque flux dès sa source vers l’une des cinq catégories IFRS 18. Ce mapping en amont est la condition sine qua non d’une clôture fiable. En conséquence, adapter un ERP en fin de projet ne peut que représenter un risque opérationnel significatif.

Finalement, l’échéance de 2027 peut sembler lointaine. Elle ne l’est pas : les projets de refonte de plan de comptes et de paramétrage ERP ont des cycles longs.

Partant de ce fait, les entités qui anticipent dès maintenant disposent d’un avantage considérable, en termes de fiabilité des états financiers mais aussi de crédibilité vis-à-vis des investisseurs et des commissaires aux comptes.

Françoise Rennes

Marquée par un intérêt grandissant pour l’audit, je décrypte avec un regard critique et pédagogique les évolutions de l’audit, de l’information financière et des enjeux extra-financiers, notamment ESG, qui redéfinissent notre profession. À travers ce blog, j’explore les sujets d’actualité, les innovations technologiques (comme l’IA) et les défis de gouvernance qui façonnent l’avenir de la confiance en entreprise. Chaque article se veut une invitation à réfléchir, questionner et faire évoluer ensemble les pratiques du métier. Si un point vous interpelle, n’hésitez pas à partager votre avis en commentaire.

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