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Audit MPM IFRS18 : Le Guide de l’Auditeur

Audit MPM IFRS18 ou comment les indicateurs « maison » entrent officiellement dans les états financiers. Opportunité de transparence ou nouveau terrain de jeu pour le « window dressing » ? Décryptage.

Audit MPM IFRS18 : Ce qui change pour l’auditeur

A l’approche de l’application obligatoire d’IFRS 18 (exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027), une révolution silencieuse s’opère dans les comités d’audit : l’intégration des MPM (Management Performance Measures) directement dans les états financiers audités.

Auparavant relégués aux communiqués de presse ou rapport de gestion et traités par l’auditeur au titre de la norme ISA 720 sur les « autres informations », ces indicateurs « maison » (comme l’EBITDA ajusté ou le résultat opérationnel courant) basculent désormais dans le périmètre de l’audit des comptes lui-même, au sens de l’ISA 200.

Ce basculement n’est pas cosmétique. Ce qui en effet devrait être un gage de transparence peut rapidement devenir un piège, tant pour la direction que pour l’auditeur.

Les pièges des MPM IFRS 18 : résultat opérationnel et business model

Le cœur d’IFRS 18 repose sur deux sous-totaux désormais obligatoires : « le résultat d’exploitation » et « le résultat avant financement et impôt ». C’est toutefois le résultat opérationnel qui cristallise l’essentiel des enjeux liés aux MPM.

A noter : la norme IFRS 18 utilise officiellement la terminologie « Résultat d’exploitation ». Cependant, dans la pratique professionnelle et les communications financières, le terme « résultat opérationnel » reste très fréquemment utilisés par les entreprises et les analystes.

MPM au sens d’IFRS 18 : Quels indicateurs sont concernés ?

Un point de vigilance en amont : encore faut-il que l’indicateur en question soit un MPM au sens de la norme. L’IFRS 18 vise spécifiquement les sous-totaux de produits et charges utilisés par la direction dans sa communication publique hors états financiers. Ils sont en fait censés refléter sa vision de la performance de l’entité dans son ensemble.

Les ratios (ROE par exemple), les mesures de flux de trésorerie (free cash-flow) ou les indicateurs non financiers en sont exclus. Ceci reste vrai même lorsqu’ils sont « maison ».

Premier réflexe de l’auditeur, donc : cartographier ce qui entre réellement dans le champ avant de discuter de la pertinence du contenu.

Le piège ? La frontière entre ce qui est « opérationnel » et ce qui relève des catégories Investissement ou Financement dépend fortement du business model de l’entreprise. C’est une zone de jugement, donc une zone de risque.

  • Le risque pour l’entreprise

Vouloir « nettoyer » son résultat opérationnel en y excluant des charges récurrentes sous prétexte qu’elles sont « non courantes ».

  • Le risque pour l’auditeur

Valider un MPM qui ne reflète pas la réalité économique mais qui sert uniquement à embellir la performance aux yeux des investisseurs.

Exemple TotalEnergies : décryptage d’un MPM audit

Le groupe publie depuis longtemps un « résultat net ajusté » présenté comme la mesure non-GAAP la plus directement comparable au résultat net IFRS. Il en est en fait dérivé par retraitement de trois catégories d’éléments :

  • l’effet de stock (écart entre valorisation FIFO et coût de remplacement)
  • l’effet des variations de juste valeur sur certains instruments dérivés
  • et les « éléments non récurrents ».

Pour l’exercice 2025, le résultat net ajusté ressortait à 15,6 Md$ contre 13,1 Md$ en résultat net IFRS. Ceci constitue un écart de plus de 2 Md$ qui n’a de sens que si chaque ligne de retraitement est justifiée et traçable.

C’est exactement ce type d’indicateur qui tombe dans le champ des MPM audités sous IFRS 18. En effet, la logique de retraitement consiste à séparer un effet comptable ou un effet « jugé » non représentatif de l’activité courante » du résultat publié ». Ceci est sain sur le principe. Néanmoins, elle dépend de la rigueur de sa définition et de l’exhaustivité de sa réconciliation.

C’est précisément ce que l’auditeur devra désormais challenger avec le même niveau d’exigence que le résultat net lui-même.

Comment auditer les MPM IFRS 18 : méthode en 3 étapes

Ce qui change fondamentalement la donne, c’est que ces MPM ne sont plus de simples « autres informations » revues sous ISA 720. Ils entrent désormais dans les états financiers audités. Ils relèvent donc de l’opinion d’audit elle-même.

MPM IFRS 18 : Le guide de l'auditeur

L’auditeur ne peut plus se contenter de vérifier la mathématique. Il doit aussi auditer la substance. Voici comment :

Challenger la définition du MPM : le jugement professionnel

Le MPM doit fournir une information pertinente. Si la direction crée un MPM qui exclut systématiquement les pertes de change ou les dépréciations d’actifs, l’auditeur doit exiger une justification solide basée sur le business model.

La règle d’or : un MPM ne doit pas être un outil de lissage.

Réconciliation MPM IFRS 18 : impôt et intérêts minoritaires

L’IFRS 18 l’impose : la réconciliation de tout MPM avec le sous-total IFRS doit être le plus directement comparable. Cela peut être un des sous-totaux définis par IFRS 18 ou un autre total/sous-total spécifiquement requis par une autre norme.

Mais la norme va plus loin qu’un simple rapprochement de montants. Pour chaque élément de réconciliation, l’entité doit également isoler l’effet de l’impôt et l’effet sur les intérêts minoritaires. C’est un niveau de granularité nouveau pour la plupart des juridictions. L’auditeur doit donc vérifier ligne par ligne, sans zone d’ombre ni double comptage.

Automatiser l’audit des MPM avec la Data Analytics

Conseil : Ne faites plus ces réconciliations sur Excel à la main en raison de la complexité des retraitements.

Utilisez des outils de data analytics (par exemple, Power Query, scripts Python) pour tracer automatiquement chaque ligne du compte de résultat vers le MPM.

Cela réduit drastiquement le risque d’erreur et libère du temps pour le vrai jugement.

Transparence et cohérence des MPM : exigences IFRS 18

L’IFRS 18 ne se contente pas d’afficher les MPM.

Note aux états financiers : que doit contenir l’explication des MPM

Il exige qu’ils soient expliqués dans une note unique aux états financiers, regroupant l’ensemble des MPM de l’entité. La direction doit détailler :

– pourquoi le MPM fournit une information utile
– et comment il est utilisé.

Changement de méthode de calcul MPM : traitement et comparatifs

En tant qu’auditeur, votre rôle est de vous assurer que cette note est aussi rigoureuse que les chiffres eux-mêmes. La cohérence dans le temps est cruciale.

En effet, sous l’IFRS 18, un changement de méthode de calcul d’un MPM n’est pas traité comme un changement de méthode comptable ou d’estimation au sens d’IAS 8 affectant la comptabilisation. Mais, il s’agit au contraire d’une modification des informations fournies.

Cela n’impose pas de retraitement rétrospectif des états financiers principaux. Il exige néanmoins impérativement :

– une explication des raisons du changement
– et, par souci de comparabilité, un retraitement des données comparatives dans la note de rapprochement du MPM.

Audit MPM IFRS18 : Conclusion

L’arrivée des MPM dans le périmètre audité change la nature même de la mission. L’auditeur n’est plus seulement un vérificateur de conformité sur des informations annexes. Il devient le gardien de la pertinence économique de la performance affichée. Concrètement, il émet une opinion d’audit qui l’engage désormais directement sur ces chiffres.

Françoise Rennes

Marquée par un intérêt grandissant pour l’audit, je décrypte avec un regard critique et pédagogique les évolutions de l’audit, de l’information financière et des enjeux extra-financiers, notamment ESG, qui redéfinissent notre profession. À travers ce blog, j’explore les sujets d’actualité, les innovations technologiques (comme l’IA) et les défis de gouvernance qui façonnent l’avenir de la confiance en entreprise. Chaque article se veut une invitation à réfléchir, questionner et faire évoluer ensemble les pratiques du métier. Si un point vous interpelle, n’hésitez pas à partager votre avis en commentaire.

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