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L’IA dans les comités d’audit : gouvernance et valeur stratégique

L’IA dans les comités d’audit n’est plus un sujet prospectif . En fait, celui-ci s’impose désormais comme un enjeu central de gouvernance, de contrôle et de compétitivité pour toutes les organisations.​

IA dans les comités d’audit : un impératif de gouvernance

Désormais, l’intelligence artificielle ne se limite plus à un thème de veille technologique pour les dirigeants . En fait, l’IA est devenue une réalité opérationnelle qui transforme en profondeur :

  • les organisations,
  • les processus métiers
  • et les dispositifs de contrôle interne.

Dans ce contexte, l’IA dans les comités d’audit doit passer du statut de sujet émergent à celui de priorité structurante de l’ordre du jour.​

Les chiffres issus de KPMG Canada sont explicites . Ainsi, 86 % des dirigeants font de l’IA agentique (capable d’exécuter des tâches presque sans intervention humaine) une priorité d’investissement majeure. De l’autre, 62 % des employés utilisent déjà des outils d’IA accessibles au public dans leur activité professionnelle quotidienne.

Dès lors, une question cruciale se pose : comment les comités d’audit, garants de la gouvernance financière et des risques, se positionnent-ils face à cette révolution portée par l’IA ?​

La réponse est à la fois urgente et complexe. Comme le souligne avec justesse Stéphanie Terrill, Associée directrice en Transformation numérique chez KPMG Canada :

Tous les comités d’audit doivent réfléchir à l’intelligence artificielle. Aucun ne peut fermer les yeux sur l’innovation accélérée que l’IA représente, son adoption généralisée, ses effets sur la productivité et son omniprésence.

L’étude KPMG Canada : Un échange essentiel pour les professionnels du chiffre

L’étude de KPMG Canada, intitulée « Risques et occasions liés à l’IA au cœur de l’ordre du jour des comités d’audit », offre un éclairage structurant pour appréhender l’IA dans les comités d’audit. Ce rapport ne se contente pas de recenser les risques . En fait, il propose un cadre d’action concret et pragmatique pour les administrateurs et les professionnels du chiffre.​

Ainsi, l’étude met en évidence un paradoxe :

D’un côté, l’IA promet des gains significatifs d’efficience et de compétitivité. Son déploiement s’effectue souvent sans gouvernance robuste ni cadre de contrôle adapté. Ainsi, 91 % des dirigeants se déclarent inquiets que des outils grand public d’IA puissent accéder à des informations sensibles.

De l’autre côté, 49 % des employés ont déjà observé des résultats erronés ou biaisés. De plus, 58 % se disent fortement préoccupés par les « hallucinations » des systèmes d’IA.​

Cinq piliers pour encadrer l’IA dans les comités d’audit

Pour structurer la prise en charge de l’IA dans les comités d’audit, KPMG identifie cinq dimensions clés à maîtriser.​

1. Comprendre l’écosystème d’IA de l’organisation

Les comités d’audit doivent cartographier précisément où et comment l’IA est utilisée. Cela passe notamment par la production de l’information financière. En fait, l’objectif est d’identifier les risques spécifiques et d’ajuster les contrôles internes.

Comme le rappelle Bryant Ramdoo, Leader national en Innovation en audit chez KPMG Canada :

Ils doivent s’intéresser à la gouvernance de l’IA, à la gestion des risques qu’elle représente et à ses effets sur l’information financière. »

Cela suppose aussi d’intégrer l’IA déjà embarquée dans les systèmes existants et les applications en cours de développement.

2. Renforcer la gouvernance et les contrôles

Face à l’essor des solutions d’IA, un cadre de gouvernance est indispensable. Cela inclut les politiques de sécurité des données, la confidentialité, l’éthique et l’utilisation appropriée des outils.

De plus, l’étude insiste sur l’importance de l’« explicabilité ». Autrement dit,  les résultats produits par l’IA doivent pouvoir être expliqués, vérifiés et validés par des humains. Ceci est en particulier vrai lorsque l’IA intervient dans des processus sensibles.​

3. Prioriser la formation et la littératie en IA

Selon une étude internationale citée par KPMG, le Canada se classe au 44ᵉ rang sur 47 pays en matière de littératie en IA. Seuls 24 % des répondants canadiens déclarent avoir reçu une formation sur l’IA. Cette lacune représente un risque majeur pour les organisations.

Dans cette perspective, il est important d’investir massivement dans la formation des administrateurs, des directions financières et des équipes d’audit. Cela passe bien au‑delà de l’usage technique des outils, en intégrant risques, limites et enjeux éthiques.​

4. Repenser la relation avec l’auditeur externe

L’étude rappelle que l’IA transforme aussi la pratique de l’audit externe. Ceci impose aux comités d’audit d’interroger leurs auditeurs sur :

  • l’usage de l’IA,
  • la validation des modèles
  • et la qualité des données mobilisées.

L'IA dans les comités d'audit

 

Il convient aussi de vérifier que les équipes d’audit externe sont formées à :

  • l’explicabilité,
  • l’utilisation responsable de l’IA
  • et aux politiques de l’entreprise.​

5. Anticiper un cadre réglementaire en mutation

Alors que le Règlement européen sur l’IA est entré en vigueur en août 2024 et que la SEC, les régulateurs canadiens et d’autres autorités affinent leurs attentes. Autrement dit, le cadre réglementaire lié à l’IA se densifie rapidement. Cela suppose donc un suivi actif des évolutions réglementaires concernant :

  • la transparence,
  • la gestion des risques,
  • la documentation
  • et la cybersécurité

Le tout reste de garantir la conformité de l’organisation. avec ces nouvelles exigences.

Vers une gouvernance intelligente de l’IA dans les comités d’audit

L’étude KPMG ne se limite pas à alerter : elle ouvre la voie vers une gouvernance plus intelligente et plus responsable de l’IA dans les comités d’audit.

Or, l’enjeu dépasse largement la simple maîtrise des risques. Le Conseil canadien sur la reddition de comptes souligne d’ailleurs la nécessité d’« équilibrer l’innovation et le risque ». De ce fait, ceci place l’IA dans les comités d’audit au cœur d’un arbitrage stratégique entre compétitivité, maîtrise des risques et confiance des parties prenantes.​

Pour les auditeurs, experts‑comptables et administrateurs, l’IA dans les comités d’audit représente donc à la fois un défi de montée en compétence rapide et une opportunité de repositionner leur rôle comme catalyseurs de transformation responsable.

La véritable question n’est plus de savoir s’il faut s’intéresser à l’IA. En fait, il s’agit de savoir comment intégrer l’IA dans les comités d’audit de façon stratégique, éthique et créatrice de valeur. Tout l’intérêt concourt à faire confiance aux systèmes d’IA afin de créer un avantage concurrentiel durable.​

Françoise Rennes

Marquée par un intérêt grandissant pour l’audit, je décrypte avec un regard critique et pédagogique les évolutions de l’audit, de l’information financière et des enjeux extra-financiers, notamment ESG, qui redéfinissent notre profession. À travers ce blog, j’explore les sujets d’actualité, les innovations technologiques (comme l’IA) et les défis de gouvernance qui façonnent l’avenir de la confiance en entreprise. Chaque article se veut une invitation à réfléchir, questionner et faire évoluer ensemble les pratiques du métier. Si un point vous interpelle, n’hésitez pas à partager votre avis en commentaire.

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